09 décembre 2007

Un nouvau cas pédagogique de GRH et de DROIT !

Nous avons pu nous procurer le "pitch" de ce cas très proche de la réalité. En voici les grandes lignes :

Dans une école très célèbre, des enseignants en langues étrangères et en gestion sont embauchés sans contrat de travail. La vie s’écoule tranquillement, tout est bien dans le meilleur des mondes : ces enseignants  payés à la « vacation » ne coûtent pas bien chers et l’école module leurs interventions à sa guise. De temps en temps un enseignant un peu récalcitrant est « éjecté » pour rappeler aux autres qu’ils doivent bien faire attention.

Mais, alertée sur la situation, l’inspection du travail s’en mêle ; des enseignants se regroupent et portent l’affaire aux prud’hommes. Les scènes suivantes se déroulent au tribunal. Au passage, une petite leçon sur la façon de retarder le jugement (renvois etc.). Des négociations s’engagent à l’approche de l’audience. L’idée de faire appeler, par un important dirigeant d’entreprise, le secrétaire national d’une confédération syndicale afin de peser sur le délégué local, est révélatrice de l’audace du concepteur.

Coup de tonnerre, le jugement de 1ère instance n’est pas favorable à la grande école. La scène du directeur prenant à partie les juges qui ne connaissent rien au métier d’enseignant sera d’un réalisme saisissant, nous prévient-on.



le scénariste à l'entrainement !!


Bon, il faut faire vite pour arrêter l’exécution provisoire par un référé en appelant à la rescousse tous les copains directeurs des grandes écoles. Pas d’hésitation, sortons les arguments frappants : «ces étrangers, proches de la retraite vont bientôt partir dans leur pays, comment alors, Monsieur le Président, pourrons-nous récupérer les sommes versées lorsque la Cour d’Appel infirmera le jugement du Conseil des Prud’hommes». Aie ! Le scénario prévoit malgré tout un premier versement. Côté com interne, vous aurez droit à une belle démonstration de démagogie managériale. Le but, faire peur aux salariés en leur annonçant que ces vilains professeurs avec leurs méchants délégués syndicaux vont couler la grande école.

Les procédures juridiques n’auront plus de secret pour vous. Convoqué au pénal pour recours abusif à des CDD, vous pourrez, au civil,  plaider le « sursis à statuer » afin de reporter l’audience d’Appel et maîtrisant parfaitement la procédure vous pourrez, à nouveau, demander des renvois.

Il s’en suit une belle leçon de lobbying pour obtenir de l’Assemblée Nationale un nouvel article, sur mesure, parfaitement ciselé, dans le Code du Travail. Il vous permettra de court-circuiter les syndicats pour la mise en place des contrats intermittents.  Là, en tant qu’étudiants, vous pensez « non c’est trop, c’est pas crédible ».

C’est tout l’intérêt pédagogique : montrer qu’il ne faut pas s’arrêter au premier obstacle qui se présente devant vous, innover et innover toujours. Futurs dirigeants, vous serez immergés dans les problèmes de convention collective. Problème ? Non pas du tout, il suffit de la dénoncer en clamant bien haut que c’est la faute des syndicats. Et tout peut rentrer dans l’ordre si ces mêmes syndicats acceptent de revoir un petit passage empêchant jusqu’alors la grande école d’appliquer le nouvel article du Code du Travail.

Vous ne suivez plus, rassurez-vous, lors de l’utilisation du cas, des groupes de travail, formés sur les problématiques spécifiques, se chargeront de restituer à l’ensemble les stratégies appliquées pour les résoudre.

Comme toujours, un bon scénario doit aller crescendo. Vous serez donc en situation de proposer ces contrats intermittents à ceux-là mêmes dont la justice a dit qu’ils sont en contrat à durée indéterminée. La liberté la plus totale vous sera laissée. En effet, s’ils refusent, il est prévu la possibilité de leur envoyer un courrier précisant que vous mettez fin à leur CDD. Suprême finesse : Vous pourrez donc les licencier mais sans licenciement !!

Bien sûr, vous devrez cependant réfléchir à l’impact d’une telle décision. Mais n’est-ce pas là, la meilleure mise en situation réelle pour vous, étudiants, futurs managers responsables ?

Petit point négatif cependant, le scénario nous est apparu un peu flou sur la fin. Surtout, l’auteur aurait pu se dispenser de la scène quelque peu archaïque montrant le responsable des langues, un huissier de justice, un responsable appariteur tous trois accompagnant la DRH qui annonce aux professeurs déCDD venus se présenter pour la 1ère séance de leur cours  « vous ne faites plus partie des effectifs, je vous prie de sortir ».  Non, vraiment cela  n’est pas du tout réaliste.

Enfin, diront les esprits chagrins, ce cas ne laisse pas beaucoup de place à la réflexion sur l’humanisme. Et bien,  nous  avons posé la question à notre talentueux scénariste : «vous savez, ce cas est déjà très riche tel qu’il est ; son développement a demandé des heures de tournage et d’interviews, de consultations de juristes, d’experts en manipulation ; aussi nous n’avons pas souhaité y introduire une difficulté supplémentaire qui, à coup sûr, aurait entretenu la confusion. Sur un plan pédagogique, je pense, pour ma part, qu’il est préférable d’aborder d’une façon clairement séparée ces questions d’éthique  et d’humanisme»

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